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La sur-médiatisation des risques et prévisions de catastrophes naturelles, écologiques et environnementales : la politique de la peur ?

Répertoire structuré et référencé d'extraits d'articles de presse consacrés à la dramatisation et à l'emballement médiatique autour des risques naturels, écologiques et environnementaux, présents ou futurs, marqué malheureusement par la tendance à tomber dans les travers de la dénonciation d'un bouc-émissaire et de l'indignation excessive, et à sombrer dans l'émotif et le larmoyant. D'où des mesures politiques, aux conséquences écologiques désastreuses, décidées sous le coup de l'émotion publique plus que sur une véritable analyse rigoureuse du problème. La tentation extrémiste constitue le risque ultime de cette position de donneur de leçon dogmatique prophétisant des prédictions apocalyptiques.

Un diagnostic basé sur des faits réels mais dramatisé à l'excès

analyse L'exagération à outrance - ne prenant pas en compte la capacité de l'homme à trouver des solutions - sur la situation actuelle et les risques écologiques réels

L'état de l'environnement en France reste préoccupant

Le Monde - 5 juin 2010 - Gaëlle Dupont
Certaines évolutions sont positives. La qualité de l'air dans les villes s'améliore globalement, principalement grâce aux progrès technologiques des véhicules. Les émissions de gaz à effet de serre sont également en baisse.[...] Autre tendance assez favorable, la stabilisation des taux de nitrates dans les eaux superficielles.[...] Côté négatif, des tendances préoccupantes perdurent. La pollution des sols (plomb, cuivre) et celle des eaux souterraines (nitrates, pesticides) s'aggravent. La biodiversité est en crise, malgré l'accroissement des surfaces protégées.

L'humanité engloutit l'équivalent d'une planète et demie

Le Monde - 13 octobre 2010 - lemonde.fr
Selon le rapport "Planète vivante 2010" de l'organisation écologiste WWF,[...] l'humanité utilise désormais "l'équivalent d'une planète et demie" pour subvenir à ses besoins, principalement en raison de la "surconsommation" des pays les plus riches. L'empreinte écologique de l'humanité, c'est-à-dire la surface de terre et le volume d'eau requis pour produire les ressources renouvelables utilisés par la population sur une année, a doublé depuis 1966, ajoute l'organisation. Si rien ne change dans nos modes de consommation, l'humanité aura besoin de "deux planètes par an" en 2030, s'alarme le Fonds mondial pour la nature (WWF).
Le WWF souligne le rôle prépondérant des pays les plus riches dans cette évolution en relevant que, toujours sur les données de 2007, les pays membres de l'OCDE, dont font partie les économies les plus riches au monde, "représentaient 37 % de l'empreinte écologique de l'humanité". "Si chaque habitant de la planète vivait comme un habitant moyen des Etats-Unis ou des Emirats arabes unis, il faudrait une biocapacité équivalente à plus de 4,5 planètes pour répondre à la consommation de l'humanité et absorber les émissions de CO2", souligne le texte. "Par contre, si tout le monde vivait comme le citoyen indien moyen, l'humanité n'utiliserait même pas la moitié de la biocapacité de la planète", ajoute-t-il.
Les Emirats arabes unis, le Qatar, le Danemark, la Belgique, les Etats-Unis, l'Estonie, le Canada, l'Australie, le Koweït et l'Irlande sont les pays à la plus forte empreinte écologique, ajoute l'organisation. "La surconsommation du Nord se fait à crédit sur les ressources du Sud", souligne le WWF, dont le rapport relève également qu'"un déclin de la biodiversité est plus élevé dans les pays à faibles revenus".
Le rapport du WWF fait état d'une diminution globale de la biodiversité de 30 % entre 1970 et 2007. Dans les zones tropicales, cette diminution atteint 60 %.

Salvano Briceno : L'homme transforme l'aléa naturel en catastrophe

Le Monde - 27 août 2010 - Salvano Briceno (directeur de la Stratégie internationale pour la réduction des catastrophes des Nations Unies), propos recueillis par Grégoire Allix
Villes et villages se vident dans la vallée de l'Indus. Des centaines de milliers de Pakistanais continuent de fuir les inondations qui ont déjà fait 1 500 morts depuis un mois. Au Pakistan comme en Russie, en Chine ou en Inde, les catastrophes naturelles ont rendu l'été meurtrier. Mais sont-elles si naturelles ? Plus que le climat ou l'environnement, "c'est l'intervention de l'homme qui crée la catastrophe", estime le Vénézuélien Salvano Briceno, qui dirige à Genève la Stratégie internationale de réduction des catastrophes des Nations unies.
"Au Pakistan comme ailleurs, on ne tient pas compte des risques naturels, vus à tort comme inévitables. On a permis aux gens de s'installer sur les bords des fleuves, dans les plaines d'inondation. Des endroits où les risques étaient pourtant bien connus. C'est la principale cause de la catastrophe. Ce n'est pas l'aléa naturel qui tue les gens. Si la plupart des victimes sont mortes dans le nord, c'est parce que la guerre avait rendu la région vulnérable et fait de nombreux déplacés."
"L'aménagement du territoire et la politique de construction portent une responsabilité essentielle dans la fabrication des catastrophes. Elles ne sont pas naturelles. C'est l'action de l'homme qui transforme l'aléa naturel en désastre."
"En Russie, la mauvaise gestion des forêts a été une des causes principales des incendies qui ont ravagé le pays. En Chine, la croissance urbaine incontrôlée et la déforestation favorisent les glissements de terrain. En Haïti, le 12 janvier, les habitants de Port-au-Prince ont été tués par leur pauvreté, pas par le tremblement de terre. Un mois plus tard, un séisme équivalent a frappé le Chili, avec infiniment moins de morts. La différence, c'est la misère, l'urbanisation des terrains à risque, l'absence de normes de construction. Chaque année, un même ouragan fait des ravages mortels à Haïti mais aucune victime à Cuba ou en République dominicaine."

Une communication basée sur l'émotion, le sensationnalisme, et des prévisions parfois trop alarmistes voire apocalyptiques

Home, le documentaire de tous les records

Le Figaro - 10 novembre 2009 - Léna Lutaud
Selon les données de son distributeur, Luc Besson, Home, le documentaire de Yann Arthus-Bertrand, a été vu par plus de 110 millions de personnes dans 130 pays depuis sa sortie mondiale, le 5 juin dernier. Présenté en même temps à la télévision, au cinéma, en DVD, il était également diffusé sur Internet et sur écran géant, en plein air, au milieu de Central Park, à New York, comme sous la tour Eiffel, à Paris. Mais finalement, le film a surtout été regardé sur le petit écran (82 % des spectateurs). Et la moitié de l'audimat a été réalisée au Brésil, où 40 millions de téléspectateurs ont vu le film sur TV Globo, le TF1 local.[...] En comparaison, le score de quatre millions de spectateurs aux États-Unis est très décevant. Malgré les efforts de Luc Besson et de Yann Arthus Bertrand, le film n'a trouvé preneur que sur National Geographic.
En fait, Home a bien marché dans les pays où il a été diffusé sur les grandes chaînes généralistes, comme al-Jazira au Moyen-Orient et ­France 2 en France (8,5 millions de spectateurs).
Face à un tel raz-de-marée, d'aucuns se sont émus d'une sortie aussi médiatique à quarante-huit heures des élections européennes. Selon plusieurs candidats déçus par les résultats, le film aurait contribué au bon score enregistré par la liste Europe Ecologie emmenée par Daniel Cohn-Bendit et Eva Joly.
Après ce succès mondial, en tout cas, Yann Arthus-Bertrand a annoncé qu'il y aura un Home 2. Le premier opus avait bénéficié d'un budget de 12 millions d'euros, dont 10 financés par le groupe PPR. Une somme à laquelle il faut ajouter les 3 millions d'euros d'espace publicitaire offert par EuropaCorp, le studio côté en Bourse de Luc Besson.

analyse Pour justifier le budget donné par un sponsor, il faut que les spectateurs soient au rendez-vous. Pour que les spectateurs soient au rendez-vous, il faut du spectacle, de la sensation, de l'émotion, des pleurs. Au quitte de perdre en objectivité ou de tomber dans le voyeurisme.

La marée noire s'estompe, la polémique persiste

Le Monde - 5 août 2010 - Pierre Le Hir
Les trois quarts du pétrole répandu en mer à la suite de l'explosion, le 20 avril, de la plate-forme Deepwater Horizon, auraient été éliminés (par évaporation, dissolution, dispersion, récupération ou brûlage), a indiqué, mercredi 4 août, Carol Browner, conseillère de la Maison Blanche pour l'énergie et le climat. "Les scientifiques nous disent qu'environ 25 % du brut n'a pas été récupéré, ne s'est pas évaporé ou n'a pas été pris en charge par Mère Nature", a-t-elle déclaré. Cette affirmation se fonde sur les conclusions d'un rapport, publié le même jour, de l'Agence océanique et atmosphérique américaine (NOAA). Selon ce document, 26 % seulement du pétrole échappé du puits seraient encore présents dans l'océan ou auraient échoué sur les côtes.
Lundi 2 août, les autorités américaines avaient évalué à 780 millions de litres (avec une marge d'erreur de 10 %) la quantité totale de brut qui s'est déversée dans le golfe du Mexique avant que BP ne parvienne, le 15 juillet, à stopper l'écoulement grâce à un "entonnoir" placé au-dessus de la tête de puits. Et estimé à 127 millions de litres le volume de brut éliminé par les opérations de dépollution.
Selon le rapport de la NOAA, environ 17 % du pétrole ont été captés en sortie de puits (par le tuyau introduit dans celui-ci quelques jours après la catastrophe et par les entonnoirs successifs), tandis que 3 % ont été récupérés par l'armada de plus de 5 000 navires écumeurs déployés par le groupe pétrolier. Un quart de l'huile s'est évaporé ou a été dissous, 16 % se sont dispersés naturellement, 5 % ont été brûlés et les derniers 8 % dispersés par des produits chimiques.
Ce qui expliquerait pourquoi la plus gigantesque marée noire - en volume - de l'histoire peut sembler s'être volatilisée. Même si les centaines de kilomètres de côte souillées par des boulettes d'hydrocarbures et les milliers d'oiseaux mazoutés en portent bel et bien la trace.
"Il n'y a absolument aucune preuve qu'il y ait une concentration significative de brut que nous n'ayons pas pris en compte", assure Jane Lubchenco, chef de la NOAA. Pour autant, même si la majeure partie du pétrole a été evacuée ou a disparu naturellement, le danger n'est pas écarté. "Je pense que nous ne connaissons pas encore l'impact complet de cet écoulement sur l'écosystème ou sur les habitants du golfe", ajoute Mme Lubchenco. Les conséquences sur la faune et la flore marines, prévient-elle, pourraient se faire sentir "pendant des années et peut-être des décennies". A court terme, l'une des inconnues est l'effet de la pollution sur les oeufs et les larves de la faune marine, poissons, crabes ou crevettes.

Des mesures politiques aux résultats écologiques et économiques désastreux, prises sous la contrainte de l'anxiété et de l'émotion publique

analyse La peur est mauvaise conseillère. Elle ne permet pas la sérennité nécessaire à la prise de décisions pragmatiques, efficaces et pertinentes sur le long terme.

Les biocarburants polluent aussi

Le Monde - 23 avril 2007 - Stéphane Lauer
Les biocarburants, souvent présentés comme LA solution pour lutter contre le réchauffement climatique, pourraient ne pas être la panacée imaginée par certains. Un spécialiste des sciences atmosphériques de l'université de Stanford, en Californie, Mark Jacobson, s'est ainsi livré à des projections pour savoir quel pourrait être l'impact atmosphérique d'une généralisation des biocarburants à l'horizon 2020. Si l'ensemble du parc automobile des Etats-Unis était converti à l'éthanol (c'est-à-dire de l'alcool distillé à partir de plantes), le nombre de décès liés à la pollution augmenterait de 4 % environ, selon cette étude parue dans la dernière édition de la revue Environnemental Science & Technology.

L'engouement pour les agrocarburants n'est plus ce qu'il était

L'Express - 9 avril 2010 - Catherine Gouëset
Parés de toutes les vertus il y a quelques années, les agrocarburants sont aujourd'hui accusés d'affamer la planète et d'encourager la déforestation. Et leur bilan environnemental ne serait pas si "vert" qu'on a bien voulu le dire, comme le concède un rapport... récemment retiré par l'Ademe de son site Web. Comment en est-on arrivé là?

Le risque antidémocratique du catastrophisme : la tentation dictatoriale et extrémiste de l'écologisme politique

analyse Le risque anti-démocratique du catastrophisme en écologie est réel. Il se veut indiscutable et relève plus de la prophétie et de l'incantation que de l'argumentation et de la démonstration scientifique. Il reste dans l'indignation de posture plus que dans le dialogue constructif et de la recherche de solutions pragmatiques.

Les controverses du progrès - Le catastrophisme, maladie infantile de l’écologie politique

Libération - 29 octobre 2010 - Pascal Bruckner (romancier, essayiste), Yves Cochet (député vert), débat animé par Max Armanet
Pascal Bruckner : "L’écologie est devenue l’idéologie dominante, nous avons une vision négative du genre humain et vivons sous l’épée de Damoclès d’un désastre imminent. Il y a une crise du progrès, ce n’est plus l’expansion, la joie de vivre mais l’obsession de la survie et de la longévité. Depuis un siècle, la question que se sont posé nos sociétés est «qui est mon ennemi ?» Les marxistes ont répondu le capitalisme. Les tiers-mondistes ont désigné l’occident impérialiste. L’écologie politique a apporté une réponse tout à fait nouvelle : l’homme serait coupable par nature, il doit se racheter. C’est un retour au péché originel. La notion d’empreinte carbone que vous employez me dérange, elle induit qu’en vivant, en respirant, nous laissons une marque nuisible sur la terre. Ce pessimisme culturel me rappelle les hérésies millénaristes qui ont émaillé l’histoire du christianisme."
[...] "L’idéologie politique n’emprunte pas toujours les voies de la raison. Je pense à toutes ces images de catastrophes naturelles diffusées à la télévision pour étayer la thèse du réchauffement climatique : la banquise qui s’effondre, la désertification… J’entends les médecins moliéresques du Malade imaginaire crier au poumon, aujourd’hui c’est le réchauffement climatique. Sans nier le réchauffement, je me demande ce qui justifie une telle rhétorique de la peur. Hans Jonas l’a théorisé dans son ouvrage le Principe de responsabilité, bible des Verts allemands. La peur aurait un effet heuristique et c’est uniquement par ce biais qu’on peut amener le peuple à la conscience. Il ajoute que la fête industrielle commencée au XVIIe siècle est terminée et qu’il va falloir par tous les moyens, même non démocratiques, forcer l’humanité à rentrer dans l’air de la sobriété. Cette philosophie me pose problème parce qu’elle supprime toute distance entre le possible et le réel. L’hypothèse devient plus vraie que la réalité. On le voit bien avec les films catastrophes, si prisés parce que permettant d’imaginer un malheur sans le vivre vraiment. Cette jouissance est manipulée par les politiques. Chirac a prononcé en 2002 ces paroles «la terre brûle et nous regardons ailleurs» mais sommes-nous si sûrs que la terre brûle ?"
[...] "Je me méfie des promesses politiques annonçant un monde meilleur. Nous venons de vivre une année de psychodrame tournée autour des sciences du climat et, en tant qu’observateur, je m’étonne qu’il n’y ait pas d’accord unanime au sein du Giec, organe plus politique que scientifique. Je ne comprends pas non plus cet acharnement contre Claude Allègre. Si son propos n’est pas scientifique il faut le traiter de manière dérisoire mais, si c’est une question sensible, pourquoi le priver d’espace médiatique ? Le réchauffement climatique est indéniable mais est-il d’origine humaine, solaire, géologique ou océanique ? La meilleure attitude est de s’y adapter plutôt que de vouloir refroidir la planète de manière artificielle."
[...] "Il y a tout de même une artillerie médiatique continue qui nous explique que le monde est suspendu à l’imminence d’un grand malheur et lorsqu’on en demande la preuve, on nous répond par une probabilité. Le discours catastrophique gagne à tous les coups. Si la catastrophe arrive, les prophètes auront eu raison, sinon, ils diront que le pire a été évité grâce à eux. La question est de savoir si la peur est un bon pédagogue. Il y a la peur qui divise et celle qui effraie, infantilise et nous oblige à trouver refuge entre les mains d’un tyran ou des experts. L’annonce répétée d’une situation pire que celle que nous vivons me rappelle les discours antiterroristes des pouvoirs publics. A la veille de l’invasion en Irak, sur les preuves de l’existence d’armes de destruction massive, George Bush a eu cette réponse génialement casuistique : «L’absence de preuve n’est pas la preuve d’une absence.» C’est un expert dans la fabrication médiatique de la terreur citoyenne. Nous sommes conscients des dangers écologiques qui nous guettent mais la peur d’un futur éventuel nous prive des moyens pour résoudre les défis actuels."

L'écologie est-elle le nouveau marxisme-léninisme ?

Marianne - 28 novembre 2009 - Alexis Lacroix
Le catastrophisme succède à l'euphorie, comme la dynamique à la statique. Ce mouvement de balancier se retrouve dans l'écologie politique - ou écologisme - dont le sensationnalisme ne laisse pas de surprendre. Tout se passe comme si, depuis la naissance de ce qu'on a appelé, aux Etats-Unis la deep ecology, l'" écologie profonde ", le malentendu était voué à s'éterniser. La destruction de la prairie américaine par les engins agricoles des fermiers du Midwest aurait ainsi été, selon ces forcenés de l'ordre naturel, la première offense faite à la nature.
Ne rions pas : aujourd'hui encore, l'écologie profonde conditionne à son insu l'ensemble du discours écologique. Combien de citoyens imaginent-ils préserver la planète en fermant le robinet d'eau ? Sans égard pour le fait que le problème de l'eau est son transport, et qu'il est des endroits où elle coule à flots et d'autres où elle manque cruellement. Plus fondamentalement, ces visions d'apocalypse colorent, bien que de façon atténuée, un horizon a priori moins émotionnel - celui de l'écologie politique -, en installant au coeur de son discours les prémices terrifiantes d'un avenir sombre, que seule l'action salvatrice de l'humanité pourrait déjouer.
L'idée que le monde court à sa perte, ce fameux " syndrome du Titanic ", selon le titre du film de Nicolas Hulot, est le symptôme le plus éloquent d'un " nouvel ordre écologique ".[...]
Rarement, depuis que la " fin des grands récits " corrode et anémie toutes les idéologies politiques, une doctrine et un discours aussi cohérents avaient installé au firmament du débat public leur prétention à la fois totalisante et péremptoire.
Prétention totalisante. C'est là la prouesse, équivoque, de l'écologie contemporaine : cette sensibilité aux contours flous, à cheval sur les sciences de la nature et le discours politique, tente une jonction hasardeuse entre la vie quotidienne et le sens du devenir mondial. Elle a reçu aussi, dès les années 50, sa formulation doctrinale, sous la plume du philosophe Günther Anders, le premier mari d'Hannah Arendt devenu le théoricien d'un catastrophisme éclairé avant l'heure et le prophète crépusculaire d'un Hiroshima planétaire.[...] Pour le climatologue André Lebeau, l'auteur de L'enfermement planétaire, il n'y a nul hasard si, comme il s'en alarme, " l'écologie politique tend à se réduire à un certain nombre de slogans et tabous qui permettent d'éviter de penser. Elle a une propension à se réfugier dans des dogmes ".
L'écologie politique, outre qu'elle s'expose au danger de fétichiser la nature, manque en permanence d'abonder des discours qu'un autre philosophe, le Viennois Karl Popper, ennemi acharné du dogmatisme marxiste, désignait comme " infalsifiables ". Qu'il s'agisse, en vrac, du réchauffement climatique, des effets indésirables des téléphones portables et des organismes génétiquement modifiés, ou du débat actuel autour de la décroissance, toute une rhétorique catastrophiste excelle à instiller une frayeur indiscutable en mettant en oeuvre une exploitation de la peur. Ce trait n'a pas échappé à Robert Kandel. Le coauteur de La catastrophe climatique a en horreur les pseudo-sciences qui s'emparent de la peur pour faire passer de sombres prédictions sociales. Le risque climatique est réel, selon lui, et il nous reste peu de temps ; mais les grands problèmes de santé des prochaines décennies (qui affectent déjà des dizaines de millions de personnes) ne seront pas dus au climat. Bien sûr, le réchauffement au XXIe siècle pourrait durement éprouver les capacités d'adaptation de la biosphère naturelle et des sociétés humaines. Mais, suggère cet esprit pondéré, ce n'est pas en lançant chaque jour des appels à sauver la planète qu'on parviendra mieux à s'adapter. L'alerte écologique est déjà à son apogée. Ce n'est pas la peine de renchérir sur la panique [...].
Nul besoin de relire le démontage de la vulgate marxiste-léniniste auquel se livre un dissident comme Czeslaw Milosz dans La pensée captive, pour saisir les analogies entre les visions crépusculaires de certains écologistes et le marxisme-léninisme : il s'agit, pour les unes comme pour l'autre, d'entraver par leur autoritarisme dogmatique le libre jeu de la discussion démocratique. Avec, dans le cas de l'écologie, de possibles arrière-pensées " orwelliennes ", finement relevées par l'économiste Christian Laval, l'auteur de l'Homme économique (Gallimard). " L'écologie seule, séparée de la justice sociale, met-il en garde, pourrait être un prétexte pour une surveillance accrue des comportements - les bons gestes, les bonnes pratiques. "

Pour aller plus loin...

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