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L'impact de la révolution numérique dans la société française et sur les nouvelles générations

Dossier d'information et de réflexion - basé sur une sélection d'extraits d'articles de presse de référence - sur le règne naissant de la civilisation du numérique et sur les effets du développement exponentiel des écrans et de l'application des nouvelles technologies dans la société française (télévision, ordinateur, téléphone mobile, Internet, réseaux sociaux, jeux vidéos, ...) :

Exposer les enfants trop tôt ou trop longtemps aux écrans est dangereux pour leur développement

Ces enfants qui ne vivent que devant des écrans

Le Figaro - 4 novembre 2009 - Natacha Polony
Les «produits culturels» les plus vendus en France sont des jeux vidéo, les premiers «ordinateurs» s'adressent aux enfants de 3 ans et des télévisions diffusent des émissions destinées aux bébés de 6 mois... Enquête sur les véritables effets des écrans sur les jeunes.
[...] Régulièrement resurgit le débat sur la violence des jeux vidéo. Aujourd'hui, c'est la notion d'addiction qui concentre l'attention. Simplement parce que le phénomène se prête aux études scientifiques: il est quantifiable. [...] De plus en plus beaux, de plus en plus précis, les jeux vidéo seront au XXIe siècle ce que le cinéma fut au XXe. Ils se mêleront aux techniques de montage d'image et aux blogs pour créer un univers où les jeunes s'inventent déjà une identité sous le regard des autres.
La France est le premier pays européen de blogs adolescents. Elle est aussi un des pays où l'on trouve une partie des meilleurs créateurs de jeux vidéo. Et si chaque fait divers réveille la polémique sur leurs effets néfastes, les écrans fascinent autant qu'ils inquiètent. Les parents sont les premiers à acheter un ordinateur à leur petit dernier de 3 ans pour qu'il «ne rate pas la révolution numérique». Mais ils s'émeuvent de voir l'aîné collé à son écran. [...]
De plus en plus de psychologues tentent de dédramatiser, notamment en privilégiant la théorie des usages : les écrans ne sont pas mauvais, c'est ce qu'on en fait qui pose problème. L'argument des défenseurs des écrans est aujourd'hui résumé dans un livre paru aux États-Unis, Ce qui est mauvais est bon pour vous. La thèse : les scénarios des jeux vidéo et séries que regardent les jeunes offrent une complexité croissante, qui développerait les performances cognitives. Mieux, pour le psychologue Michael Stora, tenant de la position «moderniste», «la fréquentation d'Internet apprend aux jeunes que tout est faux. Ils acquièrent un regard critique sur le monde.» Distance et refus des modèles. Pour Christian Gautellier, vice-président du Ciem (Collectif interassociatif enfance et média), voilà bien ce qui pose problème : «Ces jeux et ces séries télé sont porteurs de valeurs qui n'ont parfois rien à voir avec celles des familles ou même celles de notre civilisation. Mais les jeunes s'approprient ces valeurs par imprégnation.» Et par le fait qu'ils sont confrontés à des situations qui ne correspondent pas forcément à leur développement cognitif, ce que Liliane Lurçat ( «La Manipulation des enfants par la télévision et par l'ordinateur», Liliane Lurçat, Éditions François-Xavier de Guibert), chercheuse au CNRS en psychologie de l'enfant, appelle la «fusion des âges à l'ère de la télévision». Un mélange entre la banalisation de la pensée magique et une sortie précoce du monde de l'enfance.
Pire, les techniques évoluent tellement vite, et l'imprégnation a lieu désormais sur des enfants tellement jeunes, qu'il est impossible d'avoir des études fiables. Venues de Grande-Bretagne, les télévisions pour bébés de 6 mois à 3 ans, qui diffusent des programmes 24 heures sur 24, se sont imposées en France malgré l'opposition du ministère de la Culture, grâce à la législation européenne. Pour Christian Gautellier, «ce n'est pas un problème de contenu. C'est pour ça que le débat sur la violence est biaisé. La violence, c'est de mettre des enfants de cet âge devant des écrans.» L'effet de sidération se manifeste dès les premiers mois de la vie, et nul n'en mesure les conséquences. Qui analysera scientifiquement l'absence totale de compréhension que les jeunes peuvent avoir du monde qui les entoure, de ses lois scientifiques et logiques, de son fonctionnement… Bref, de notre environnement naturel et culturel?
«Les écrans, explique Liliane Lurçat, ne sollicitent que les sens à distance, l'ouïe et la vue. Pas les sens de proximité. Or, l'odorat, le goût et le toucher sont des sens fondamentaux. Ils sont nécessaires à un développement cognitif harmonieux. C'est par les cinq sens qu'un enfant se raccorde au réel. Hannah Arendt en faisait la condition de ce qu'elle appelait le “sens commun”.» Il suffit pour s'en convaincre d'observer un bébé qui, pour comprendre les objets qui l'entourent, pour se les approprier, les manipule et les goûte. L'enfant installé devant son écran, à quelque âge que ce soit, détruit peu à peu cette conscience profonde de son existence au monde qui naît du lien entre les perceptions sensorielles et l'intelligence. Et les essais pour développer des environnements olfactifs sur ordinateur n'y changeront rien : ils ne seront aux véritables odeurs que ce que la fraise Tagada est à une vraie fraise, un artefact qui tend à modeler notre goût, à nous faire oublier le réel.
Serge Tisseron («Qui a peur des jeux vidéo?», Serge Tisseron, Albin Michel) est l'un des auteurs de la pétition contre les télévisions pour bébés. Il s'alarme de cette course à la précocité qui incite les parents à équiper leurs enfants de plus en plus jeunes et suggère une règle «3-6-9-12». Pas de télévision avant 3 ans, pas de console avant 6 ans, pas d'Internet accompagné avant 9 ans, et pas d'Internet seul avant 12 ans. Une proposition franchement minimaliste, quand d'autres experts demandent instamment que soit retardée au maximum l'exposition des enfants aux écrans. C'est selon eux le seul moyen de préserver leur développement sensoriel et de lutter contre la «désertification sans précédent de l'espace réel et de tout ce qui nous entoure» qu'analysait le philosophe Jean Baudrillard. «Bienvenue dans le désert du réel», déclarait un des personnages de Matrix, film culte des amateurs de mondes virtuels. Pour eux, d'ores et déjà, «la vraie vie est ailleurs» ; ailleurs que dans la civilisation et les références qui ont jusqu'à présent structuré les sociétés humaines.

"Les jeux vidéo et les réseaux sociaux modifient le rapport à l'espace, au temps, à la construction de l'identité"

Le Monde - 28 février 2011 - Serge Tisseron (psychiatre et psychanalyste, spécialiste des nouvelles technologies, auteur de "Faut-il interdire les écrans aux enfants ?", 2009, éd. Mordicus, avec Bernard Stiegler), chat modéré par Emmanuelle Chevallereau
L'Académie américaine de pédiatrie a proposé en 1999 un guide pour les parents : pas d'écran avant 2 ans (les spécialistes s'accordent aujourd'hui à parler de 3 ans), une heure par jour entre 3 et 6 ans, 2 heures entre 6-9 ans et 3 heures au-delà. Mais il s'agit de temps réel global, incluant la télévision, l'ordinateur pour jouer, l'ordinateur pour travailler, la console portable...
[...] Pourquoi dit-on que les parents doivent cadrer le temps de jeu ? Parce qu'à l'adolescence, les jeunes n'ont pas encore acquis la possibilité de réguler eux-mêmes leurs impulsions. Ils ont de la difficulté à suivre les décisions qu'ils jugent pourtant les plus raisonnables pour eux. C'est pourquoi les parents doivent veiller à ce que les jeux vidéo n'occupent qu'une partie du temps de loisirs. Mais en même temps, cadrer est totalement insuffisant. Parce que les jeux vidéo comportent beaucoup d'aspects positifs et que les parents ont tout à gagner à s'y intéresser. Quand les parents accompagnent en s'intéressant aux jeux de leurs enfants, ils savent cadrer avec beaucoup plus d'intelligence et d'efficacité. Cadrer sans accompagner est aussi inutile que vouloir accompagner sans cadrer. Les deux sont indispensables.
[...] La pratique des jeux vidéo, comme celle des nouveaux réseaux sociaux, modifie le rapport à l'espace, au temps, à la construction de l'identité, et à la place que nous donnons aux activités partagées et aux activités solitaires. Mais une semblable révolution a déjà accompagné d'autres grandes innovations comme l'invention de l'écriture, et, dans une moindre mesure, de la diffusion du livre grâce à l'imprimerie. Les modes de fonctionnement nouveaux repérés chez les enfants et les adolescents ne sont ni meilleurs ni pires que ceux auxquels nous sommes traditionnellement familiers.
La culture des écrans est en train de remplacer celle du livre. Face à ce bouleversement, le pourcentage d'enfants présentant des troubles mentaux reste stable, et eux seuls courent le risque de développer des pathologies. Il ne faut pas confondre la sphère d'activité dans laquelle une pathologie est repérée avec la cause de celle-ci.
[...] Il y a longtemps que les enfants cherchent dans les écrans des repères pour savoir comment devenir "grand". La télévision et le cinéma ont toujours constitué de tels repères. Et à partir de là, tout se joue autour de la relation que les enfants ont avec leurs parents. Si [les parents] fonctionnent selon des règles claires et fiables, les enfants renoncent vite à appliquer les recettes qu'il leur semble découvrir sur les écrans. Mais si les parents n'ont pas de tels repères, ou, pire encore, se détournent de leurs enfants, ceux-ci vont évidemment tenter d'appliquer les modèles des écrans.
C'est la même chose aujourd'hui avec tout ce qu'ils trouvent sur Internet. S'il y a une différence, elle est seulement dans le fait que sur Internet, ils sont non seulement en contact avec des modèles, mais aussi avec la communauté de leurs camarades, ceux qu'on appelle les pairs. C'est pourquoi aujourd'hui, les enfants sont beaucoup plus dépendants des modèles pratiqués par leurs camarades que par le passé. Mais, comme par le passé, la capacité des parents de proposer des repères fiables et récurrents reste essentielle.
[...] De plus en plus de parents préoccupés par l'influence des écrans sur leurs enfants préfèrent leur mettre des DVD plutôt qu'allumer la télévision. Les règles fixées par l'Académie américaine de pédiatrie en 1999 doivent s'appliquer de la même manière pour ce qui concerne le temps d'écran.
Mais cette formule présente un avantage considérable : permettre à l'enfant de choisir ce qu'il va regarder, de le regarder plusieurs fois s'il en a envie, ce qui lui permet de comprendre mieux l'histoire et de développer sa mémoire. En revanche, ce choix peut conduire l'enfant à ignorer l'existence de feuilletons ou de dessins animés dont ses camarades vont lui parler. Mais l'expérience montre que les enfants dans cette situation s'en débrouillent très bien et qu'il n'y a pas d'inquiétude à avoir, d'autant plus qu'ils s'arrangent toujours pour regarder la télévision chez leurs copains ou... chez leurs grands-parents.
Si les parents n'allument jamais la télévision, il vaut mieux qu'ils expliquent à leur enfant que c'est leur choix mais qu'ils sont tout à fait disposés quand même à parler de ce que l'enfant pourra voir ailleurs qu'à la maison.
[...] Entre 3 et 6 ans, des études ont montré qu'il est essentiel que l'enfant ait des activités impliquant l'utilisation de ses dix doigts. C'est pour cela que traditionnellement, l'enfant à cet âge était invité à réaliser des découpages, des pliages, des collages, des coloriages... C'est en effet cette activité des dix doigts qui permet la maturation des régions cérébrales qui permettent l'appréhension des objets en trois dimensions. C'est pourquoi il vaut mieux éviter le plus possible que l'enfant à cet âge-là utilise une console de jeu qui ne mobilise que deux ou quatre doigts. Et il faut en particulier bannir complètement les consoles mobiles (Nintendo DS ou PSP), qui accaparent toute l'attention de l'enfant.
Au-delà, le désagrément principal est la réduction des autres activités et la réduction du temps disponible pour en avoir. Il y a tellement de choses à apprendre à cet âge.
[...] Le cerveau des nouvelles générations, et d'ailleurs de tous ceux qui sont gros consommateurs de nouvelles technologies, ne fonctionne plus comme par le passé. Le désir d'obtenir une réponse rapide, le fait de passer rapidement d'un sujet à un autre, la difficulté de concentration, tout cela fait partie des nouvelles façons de fonctionner. C'est vrai qu'elles sont inadaptées au système d'enseignement traditionnel. Mais le problème est que rien ne prouve à ce jour qu'elles soient inadaptées au fonctionnement qui sera exigé de chacun d'entre nous dans dix ou vingt ans. On voit déjà de jeunes employés qui sont incapables de se concentrer sur une seule tâche et passent sans cesse de l'une à l'autre pour les résoudre en parallèle, et non plus successivement. C'est très déroutant pour les vieux cadres qui les regardent. Mais ils arrivent à faire le travail pas plus mal que leurs aînés, même si la méthode paraît dérouter la logique qui veut qu'on résolve plusieurs tâches de natures différentes les unes après les autres. Voilà le genre de paradoxe auquel il faut nous habituer.
Certains pédagogues américains suggèrent même que la seule chose qu'il faudrait apprendre aux élèves serait la programmation de machines, car demain l'humanité se divisera en deux : ceux qui savent les utiliser (pensons à nos smartphones d'aujourd'hui !) et ceux qui sauront si mal le faire qu'ils seront rapidement marginalisés. C'est pourquoi les enseignants doivent s'engager eux-mêmes dans l'usage des nouvelles technologies pour mesurer l'ampleur des bouleversements qu'elles imposent au fonctionnement psychique et aux procédures d'apprentissage, et relativiser leurs dangers possibles.
[...] L'âge auquel les parents achètent un téléphone portable à leur enfant baisse de plus en plus. Il n'est pas rare aujourd'hui de voir des enfants en posséder en CM1. La seule chose que je peux dire aux parents, c'est que plus tôt un enfant aura un téléphone portable, et plus rapidement il s'éloignera de ses parents. A partir de là, tout dépend donc de leur choix...

Multizappeurs mais bons à rien

Le Figaro - 26 août 2009 - Yves Miserey
Selon une étude américaine, ceux qui passent toute la journée à jongler de leur portable à leur ordinateur n'arrivent plus à se concentrer.
Ordinateur, téléphone portable, télévision, iPod… il est tout à fait possible et très tentant d'utiliser ces appareils en même temps. On peut lire ses courriels et en envoyer tout en répondant au téléphone pendant qu'on écoute un CD et qu'on cherche sur Google le nom du prochain film qu'on aimerait bien aller voir, et tout cela sans pouvoir s'empêcher de lire son dernier SMS et de regarder à la télé Usain Bolt battre le record du monde du 100 mètres à Berlin. Certains ne supportent pas cet éclatement, ils peuvent parfois même en souffrir. D'autres, au contraire, s'y complaisent. En anglais, on les appelle les multitaskers («multitâcheurs»), un terme dérivé de l'informatique où un ordinateur est dit «multitâche» quand il est capable d'effectuer plusieurs programmes en parallèle.
Ce nouveau type de comportement se rencontre de plus en plus souvent et pas seulement chez les jeunes. Faut-il s'en inquiéter ? Peut-être, car faire plusieurs choses à la fois pourrait avoir à la longue des effets négatifs sur les performances cognitives de ceux qui s'y adonnent. C'est ce que montre une étude conduite par une équipe de chercheurs pilotée par Eyal Ophir, psychologue de l'Université de Stanford, en Californie, publiée dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences américaine (Pnas, 24 août 2009). Selon ses auteurs, il s'agit de la première étude consacrée aux «multitâcheurs chroniques».
Les chercheurs de Stanford ont d'abord défini un seuil à partir duquel une personne peut être considérée comme un authentique multitâcheur. À partir de là, ils ont recruté une centaine d'étudiants, comprenant pour moitié des multizappeurs invétérés et de l'autre des jeunes beaucoup moins accros de l'écran et du téléphone portable.
Les deux groupes ont subi ensuite trois tests différents. Dans le premier exercice, destiné à mesurer l'attention et la faculté à bien repérer les changements significatifs (des figures géométriques de couleur présentées dans des dispositions différentes), les résultats des multizappeurs n'ont pas été bons du tout par rapport à ceux de l'autre groupe.
Même chose dans le deuxième test destiné à comparer les capacités de mémorisation (des suites de lettres de l'alphabet dont quelques-unes répétées à plusieurs reprises). «Plus on a introduit un grand nombre de lettres, plus les multitâcheurs ont été mauvais», souligne Eyal Ophir.
Plus surprenant encore, les multizappeurs ont eu de mauvais résultats au troisième test, destiné à évaluer les capacités à passer d'une activité à l'autre (des chiffres et des lettres différentes présentées à plusieurs reprises avec une attention portée tantôt sur les unes ou sur les autres). «Nous cherchions en quoi les multitâcheurs étaient meilleurs, mais nous n'avons pas trouvé», résume Eyal Ophir. «Ils courent toujours après des détails insignifiants», renchérit Clifford Nass, l'un des professeurs qui a participé à l'étude.

Impact des activités numériques sur le rythme de vie des enfants et des adolescents : des effets indirects néfastes sur la santé et des risques accrus de dépression et de pensées suicidaires

Les écrans perturbent le sommeil des adolescents

Le Figaro - 22 octobre 2008 - Anne Jouan, Agnès Leclair
Rien d'étonnant qu'en trente ans, les adolescents aient perdu entre deux et trois heures de sommeil par nuit. En cause : les ordinateurs, les jeux vidéo, les téléphones portables et, évidemment, la télévision. Pour lutter contre ces nuits écourtées, nocives tant pour la santé que pour l'apprentissage scolaire, l'Unaf (Union nationale des associations familiales), le Réseau Morphée, spécialisé dans le sommeil, et l'académie de Paris ont décidé de réagir en faisant front commun. Leur arme : un DVD interactif à destination des familles, des enseignants et des professionnels de santé pour tout savoir sur le sujet.[...] On y apprend notamment que la lumière des écrans d'ordinateur, plus fort encore que celui de la télévision, dérègle la sécrétion de mélatonine, l'hormone du sommeil, et retarde l'endormissement.
«La traditionnelle transmission des pratiques éducatives de parent à enfant ne se fait plus, constate Armelle Nouis, de l'Unaf. Faute de repères, les parents ont du mal à poser des limites sur l'heure du coucher. En leur donnant des informations sur le sommeil, nous leur donnons des outils pour conforter leur autorité.»
De son côté, l'académie de Paris s'inquiète que 14 % des enfants d'âge scolaire aient des difficultés d'endormissement ou des réveils en cours de nuit. «Chez les enfants, la fatigue augmente les difficultés d'apprentissage et les troubles du comportement», rappelle le docteur Marie-Jo Challamel.
Quant aux adolescents, ils seraient 17 % à se plaindre d'insomnie et un tiers d'entre eux seraient sujets à des somnolences durant la journée. «Longtemps, les médecins ont pensé qu'à l'adolescence on a besoin de dormir sept ou huit heures comme les adultes. En fait, ce serait plutôt neuf ou dix heures», insiste Marie-Jo Challamel. Une enquête menée dans 25 collèges de l'académie de Paris montre que si seulement 22 % des filles se couchent après 22 heures en classe de sixième, ce chiffre grimpe à 80 % en classe de troisième. Les garçons, sont 35 % en sixième à aller au lit après cette heure, contre 79 % en troisième.
[...] Pour Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste, expert de l'image, le problème est plus global : «Tout le monde - et pas seulement les adolescents - a vu la durée de son sommeil diminuer. La raison est simple : le nombre d'activités qui ont le pouvoir de nous réveiller s'accroît avec les nouvelles technologies. Celles proposées sur Internet ont la particularité de stimuler notre cerveau, qu'il s'agisse de la vente en ligne ou des sites de rencontres. Or ces derniers se visitent le soir, une fois terminées nos activités de la journée.»

Se coucher tard favoriserait la dépression chez les ados

Le Figaro - 26 janvier 2010 - Jean-Luc Nothias
Selon une étude américaine, le risque est de 24 % supérieur chez ceux qui se couchent après minuit. Bien dormir au bon moment est l'une des clés d'une bonne santé et d'une bonne activité. A contrario, un sommeil déphasé ou insuffisant peut mener à de nombreux troubles qui vont des migraines au surpoids et au diabète en passant par d'importantes somnolences en cours de journée ou a des insomnies. C'est particulièrement vrai pour les adolescents. Une étude menée aux États-Unis, et publiée récemment dans la revue Sleep, démontre même que des heures de coucher trop tardives peuvent induire de la dépression et des tendances suicidaires.
Menée à la Columbia University de New York, l'étude a porté sur 15 659 adolescents, entre 1994 et 1996. Près de 54 % des parents indiquaient que leurs enfants allaient se coucher à 22 heures en semaine, 21 % à 23 heures et 25 % à minuit ou au-delà. Pour leur part, 70 % des adolescents déclaraient aller au lit à l'heure voulue par leurs parents.
[...] Surtout, une corrélation est apparue avec les états dépressifs et suicidaires. «Nos résultats montrent clairement qu'un sommeil aux horaires inadaptés est un facteur de risque pour la dépression, même si ce n'est pas le seul», affirme ainsi James Gangwisch, auteur principal de l'étude. Sur l'ensemble des adolescents impliqués dans l'étude, plus de 1 000 souffraient d'un état dépressif et plus de 2 000 avaient des envies suicidaires.
En croisant ces données avec les heures de coucher, les chercheurs ont constaté que le risque de subir un état dépressif était de 24 % supérieur chez les enfants se couchant après minuit. Le surcroît de risque était de 20 % pour les pensées suicidaires.
Un autre facteur intervient également : la perception de la durée du sommeil et la «satisfaction» apportée. Ainsi, les adolescents disant ne dormir que 5 heures ou moins étaient à 70 % plus exposés aux états dépressifs que les autres et à 48 % pour ce qui est des pensées suicidaires. «C'est pourquoi nous pensons que la qualité du sommeil pourrait être une mesure, parmi d'autres, de prévention de la dépression chez l'adolescent», estime James Gangwisch.
[...] D'où la mise en garde émise par le docteur Jean-Pierre Giordanella, responsable prévention à la CPAM de Paris : «À l'adolescence, la durée minimum de sommeil doit se situer entre 8 et 9 heures, et l'heure limite de coucher ne devrait pas dépasser 22 heures.» Cette recommandation devient très souvent un combat quotidien pour les parents dont les enfants sont confrontés aux «tentations» des divertissements modernes. En particuliers les écrans, qu'ils soient d'ordinateurs, de lecteurs DVD, de jeux vidéo ou de téléphones portables. Mais l'enjeu est de taille. Tous les spécialistes le disent : c'est dans l'enfance et l'adolescence que se forgent les bonnes habitudes et l'«hygiène» future du sommeil.

La civilisation du numérique chez les jeunes : absence de protection des données privées et insouciance du droit à l'oubli

Raz-de-marée numérique chez les 11-17 ans

Le Figaro - 16 décembre 2010 - Agnès Leclair
Toujours plus jeunes. Toujours plus équipés. Enfants et adolescents plongent chaque année davantage dans le grand bain des nouvelles technologies. Les chiffres les plus frappants de cette escalade numérique concernent les pré-adolescents. Désormais 55% des 11-13 ans auraient une page Facebook et 47% posséderaient déjà un téléphone portable selon le quatrième baromètre «Enfants et Internet» de l'agence conseil Calysto, réalisé en partenariat avec La voix de l'enfant auprès de 35.000 jeunes âgés de 11 à 17 ans.
Chez les collégiens et lycéens de 13 à 17 ans, le portable est devenu incontournable. A tel point qu'il servirait de «doudou» à près d'un tiers des 15 à 17 ans qui déclarent le mettre sous leur oreiller pour dormir. Le taux de présence de ces derniers Facebook atteint par ailleurs les 75%. «C'est la nouvelle star des cours de récréation. En 2008-2009, seuls 35% des 11-15 ans possédaient un profil, rappelle Thomas Rohmer, président de Calysto. Facebook est leur nouveau couteau suisse. Ils l'utilisent pour tout. Discuter en ligne, partager des photos et des vidéos, les commenter… Du coup, ils utilisent de moins en moins les mails. Si les messageries de type MSN ont également un peu moins la cote, un quart des 11 et 13 ans déclarent tout de même y passer plus de trois heures par jour. «Quant aux blogs, délaissés par les adolescents, ils attirent désormais un public dès le CM1-CM2», avance Thomas Rohmer.
Les jeux vidéo font également un malheur. 87% des 11-13 ans et 80% des 15-17 ans disent s'y adonner au moins une fois par jour. Enfin, le téléchargement de films et séries TV «explose», selon le baromètre. Plus de la moitié des 13-15 ans, contre 21% l'an passé, vont chercher ces contenus sur le web. Et ce de manière illégale. Chez les 15-17 ans, ce chiffre dépasse les 60%.
«Trois heures de numérique par jour: c'est la nouvelle norme», résume Thomas Rohmer. À chaque génération ses loisirs et un tel succès des nouvelles technologies ne devrait pas forcément poser de problèmes. Malheureusement, ce baromètre montre aussi la très faible présence des parents dans ce nouveau quotidien numérique des plus jeunes qui manquent parfois d'armes pour protéger leurs données confidentielles ou peuvent être confrontés à des images choquantes. Campagnes de prévention, messages ministériels… Rien n'y fait. Aujourd'hui encore, à peine trois enfants sur dix évoquent leurs tribulations en ligne avec leurs parents. 22% des 11-13 ans auraient un logiciel de contrôle parental sur leur ordinateur. Pire encore, seuls 4% des 11-17 auraient une fonction contrôle parental activée sur leur mobile, un outil pourtant utilisé de manière croissante pour surfer sur la toile.
[...] Face à cette nouvelle donne, le président de la CNIL, se montre plus inquiet. «Facebook est en théorie interdit au moins de 13 ans. Est-ce normal qu'une société américaine en Europe ne se soumette pas aux lois européennes?», alerte Alex Türk. «Les parents et le corps enseignant ne savent pas par quel bout prendre le problème. Il faut reconsidérer l'instruction civique sous l'angle de la protection des données personnelles pour sensibiliser les enfants dès leur plus jeune âge. Ce sujet devrait devenir une priorité nationale. Des générations sont en train de s'engager dans la vie avec un patrimoine de libertés fondamentales mutilé car ils ne pourront jamais récupérer complètement les informations qu'ils ont diffusé sur la toile».
Aujourd'hui, 87% des 11-13 ans ne protègent aucune donnée personnelle sur Facebook et trois sur dix acceptent systématiquement «les nouveaux amis» qui s'y présentent. Les adolescents se disent quant à eux peu concernés par le débat sur le droit à l'oubli. Pourtant, près de la moitié des 15 à 17 ans affirment que, arrivés à l'âge adulte, ils surveilleront attentivement les agissements de leurs futurs enfants sur la toile.

Ces données privées que les applications mobiles transmettent à votre insu

Le Monde - 20 décembre 2010 - Le Monde.fr
Localisation, âge, sexe, identifiants : la plupart des applications sur téléphone mobile envoient des données privées à des régies publicitaires sans que l'utilisateur en soit informé, selon une enquête du Wall Street Journal. Sur 101 applications populaires étudiées par le journal américain, moitié sur iPhone, moitié sur Android, 56 transmettent l'identifiant unique du téléphone, 47 donnent la localisation de l'utilisateur, et 5 livrent l'âge et le sexe du mobinaute sans qu'il se doute de rien.
L'application la plus "généreuse" serait TextPlus 4, un service permettant d'envoyer gratuitement SMS et MMS. Le logiciel enverrait l'identifiant unique du téléphone à huit régies publicitaires différentes, et la localisation, l'âge et le sexe de l'utilisateur à deux autres régies. Même chose pour Pandora (musique en streaming), Paper Toss (jeu), ou Grindr (site de rencontre pour homosexuels et bisexuels).
Le Wall Street Journal pointe deux faiblesses dans la protection de la vie privée des mobinautes : l'impossibilité de désactiver a posteriori le traçage, et l'absence d'obligation pour les applications de disposer de règles de confidentialité, aussi bien sur l'Apple Store que sur l'Android Market.
[...] "La grande spécificité des smartphones est que vous ne pouvez pas effacer votre identifiant unique comme vous pouvez supprimer un cookie sur un ordinateur, explique Meghan O'Holleran, directrice de la section mobile et publicité dynamique chez Traffic Marketplace, une régie publicitaire sur Internet. C'est comme ça que nous pouvons tout tracer. Nous regardons quelles applications vous téléchargez, la fréquence à laquelle vous les utilisez, combien de temps vous passez dessus."
Ces données permettent à d'autres sociétés, comme Mobclix, de classer un utilisateur de smartphone dans 150 "segments" différents, allant du "militant écologiste" à la "femme au foyer". Ainsi, explique le Wall Street Journal, le segment des "joueurs acharnés" est constitué par"des hommes âgés de 15 à 25 ans, ayant plus de 20 applications sur leurs téléphones, et passant plus de 20 minutes sur chacune d'entre elles". Grâce à ce profilage, la société peut proposer les publicités les plus adaptées à la cible, et le développeur de l'application peut améliorer ses revenus issus de la publicité. Selon le créateur de l'application DailyHoroscope sur Android, qui a refusé de livrer certaines données aux régies, la publicité ciblée, basée sur le lieu où se trouve l'utilisateur, rapporterait de deux à cinq fois plus que la publicité classique.
D'autres développeurs ne voient au contraire aucun problème à livrer certaines informations privées, arguant qu'elles sont anonymes. "On ne parle pas de la réelle identité des gens. Nous ne relions pas les informations à un nom, donc je ne vois pas où est le problème", affirme le président de la société à l'origine de Grindr.
Certaines régies publicitaires aimeraient néanmoins avoir plus de renseignements que l'âge ou la ville du mobinaute. Millennial Media, une régie travaillant entre autre avec l'application Android de MySpace, liste ainsi onze types d'informations que les développeurs peuvent transmettre, dont l'origine ethnique, les revenus, l'orientation sexuelle et les opinions politiques.

La vie sans télévision, est-ce possible ?

Qui sont donc ces Français sans télévision ?

Le Figaro - 30 novembre 2010 - Marie-Estelle Pech
Un jour de ras-le-bol, ils ont jeté leur télévision à la poubelle et affirment avec fierté très bien s'en passer. C'est à une tribu méconnue que le sociologue Bertrand Bergier a décidé de s'intéresser, celle des 2% de la population française qui ne regardent pas la télévision. De 2006 à 2009, il est parti à la rencontre de 566 ménages abstinents. Ces derniers se sentent perçus comme des individus «illuminés», venus d'une autre planète. On moque parfois leur archaïsme et le déficit supposé de socialisation de leurs enfants.
Pourquoi ont-ils pris cette décision? L'absence de télévision dans un foyer ne peut plus être attribuée à des contraintes financières: plus de 90% des sans-télé déclarent avoir «fait le choix» de s'en passer. De tous les biens durables, la télévision est d'ailleurs le seul dont le taux d'équipement est plus élevé dans les ménages ouvriers (98%) que chez les cadres (90%). [...]
Les sans-télé sont le plus souvent diplômés du supérieur: ainsi, 10% des titulaires d'un titre post-bac n'ont pas de télévision, contre 2% pour les ouvriers. Quel que soit l'âge, la consommation télévisuelle décroît avec le niveau d'instruction, même si parmi les ménages interrogés 25% d'ascètes sont sans le bac. Les sans-télé sont aussi plus cultivés et sociables que la moyenne. Si 69% des Français déclarent avoir pratiqué dans l'année au moins une activité culturelle, c'est le cas de 97% des sans-télé. Les enseignants représentent 20% de cette population iconoclaste, suivis par les employés administratifs et les professionnels de l'information. Les cadres, ingénieurs et professions libérales sont également bien représentés.
L'absence de petit écran rassemble des personnes très éloignées politiquement et idéologiquement. «Filiation marxiste et tradition conservatrice nourrissent les argumentaires», explique l'auteur. Ils se disent plus volontiers proches du PS (22%) que de l'UMP (14%) mais sont surtout éloignés de tout parti politique, pour 31% d'entre eux. Les antilucarnes vilipendent souvent un instrument de domination aux mains des pouvoirs politico-financiers et jugent que la télévision condamne à l'indolence. La thématique de «l'abêtissement» est la justification la plus évoquée, mais l'argumentaire éducatif est aussi très présent: il faut s'en débarrasser si on veut être en bonne santé, réussir à l'école, être bien élevé et avoir une ambition culturelle. La télé formate et manipule les enfants. Ils risquent de tomber sur des images violentes ou dégradantes. Le temps qui lui est consacré entrerait en concurrence avec celui qu'ils octroient à la lecture ou aux devoirs. À ses enfants, qui se disent «décalés» par rapport à leurs camarades de classe, Benoît, cadre, 57 ans, répond: «Dites-vous bien que vous faites autre chose. Vous ne regardez pas la télévision, mais vous lisez beaucoup. » Reste que la télévision est omniprésente dans les conversations, au travail, par exemple, au point que certains adultes abstinents achètent paradoxalement des magazines télé pour se tenir au courant! Quelque 12% se sentent malgré tout parfois «exclus». Si les plus jeunes, de 7 à 11 ans, vivent mal cette absence de télévision, les 12-18 ans en sont fiers. Les adolescents pensent qu'ils lisent mieux, plus vite, qu'ils sont plus ouverts et plus critiques. Dans les milieux bourgeois ou intellectuels, se passer de télévision pourrait bien être du dernier chic.

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